Ma petite pierre apportée à l’édifice de notre République Française

Voilà. Ça y est, vous avez gagnés.
Vous avez fait de moi une militante, convaincue.

Ca ne vous plaît pas ? Vous préféreriez que je ferme ma gueule ?
Trop tard.

Petite présentation, et un point sur mon cheminement

Je ne suis encartée nulle part, ni ne me considère d’aucun parti. Je ne parle au nom d’aucune autre idéologie que celle d’appartenir à une république démocratique et égalitaire, qui m’a vue naître, qui m’a éduqué au sein de son école, et qui me considère comme citoyenne depuis ma majorité. Si je revendique une appartenance, c’est celle-là, celle d’être une citoyenne Française, très à cheval sur les principes républicains qui ont contribué à former ce pays.

Je suis donc née dans un pays très (trop) fier de son histoire, qui, à longueur de programme scolaire, m’a entré dans le crâne cette devise : Liberté, Egalité, Fraternité – et ce principe fondateur de la Révolution Française : Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Et bien, c’est peut-être bête, mais je l’ai retenue, la leçon. Et même qu’elle est au coeur de ma vision du monde (sans doute aidé par l’éducation familiale très ouverte et tolérante que j’ai eu de mes parents). Ces mots, pour moi, sont une réalité et non de jolies phrases hypocrites qu’on balance à tour de bras pour plaire au peuple. Si on y croit pas un minimum, comment se réclamer de cette citoyenneté française ? Comment se réclamer républicain ?

Donc, j’en viens au sujet qui m’anime, depuis quelques semaines. Sujet qui m’a fait passer de citoyenne convaincue de sa nécessité à militante qui va défiler dans les manifestations.

Le droit au mariage pour tous. Le mariage gay, comme on dit plus couramment. Le droit à l’égalité, en temps que citoyen français à revendiquer les mêmes droits, quelque soit sa sexualité. Car il n’y a pas de catégorie de citoyens. Soit on l’est, soit on ne l’est pas. Et si on l’est, je vous renvoie à l’article de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

ega03

Donc, grâce à mon éducation républicaine et familiale, j’ai toujours été amenée à considérer l’homosexuel comme mon alter égo, mon concitoyen, mon frère (la devise sur les frontons de Mairies, là, vous vous rappelez ?). Je n’est même jamais posé l’étiquette «homo» sur la personne que j’avais en face de moi, lui préfèrent l’étiquette «personne». (Et puis même, poser des étiquettes sur les gens, c’est nul, de base). Je ne pose pas plus d’étiquette «homo» que d’étiquette «hétéro». Vous le faites, vous ? Et j’ai toujours considéré comme normal leur combat pour acquérir ces droits de citoyens. En fait non. Ce que je ne trouve pas normal, c’est qu’ils aient à se battre pour les obtenir, et non qu’ils les obtiennent naturellement, mais les préjugés sont tenaces, et chaque lutte égalitaire s’est faite ainsi :

Le passage de l’Homme de l’état de serf/sujet à celui d’individu/citoyen.
La reconnaissance de la Femme comme étant égale de l’Homme (et touts les droits à disposer de son corps qui en découlent). Etc.

Avec la fin de la précédente présidence et l’opportunité de nouvelles élections, est venue la possibilité de choisir un gouvernement qui potentiellement permettrait enfin ce droit aux couples de même sexe de pouvoir se marier (et donc, de protéger son conjoint et ses enfants matériellement, au regard de l’Etat.) En temps que citoyenne attendant l’arrivée de ce droit fondamental pour mes concitoyens, j’ai mis toutes les chances de mon coté et voté pour le candidat le plus à même d’apporter enfin cette pierre manquante à notre bel édifice. J’ai été récompensée, le voilà en mesure de mettre à exécution cette promesse.

En mai, je n’étais pas militante. J’ai fais mon devoir de citoyenne en mettant mon petit bulletin dans l’urne, et je me suis réjouie du résultat.

ega02

Puis, à l’automne, une montée d’actions anti-égalitaire, qui se défend d’homophobie, mais qui pardon, en à tout les aspects, a commencé à gagner le pays. Une montée d’adrénaline de méfiance, de peur, d’incompréhension et de stigmatisation a gagné toutes les couches de la société, et a explosé en divers manifestations publiques plus ou moins violentes, en sortie de papiers haineux ou simplement hautain, en déclarations fausses et en questionnements absurdes.

A partir de là, mon sang de Française républicaine baignée de l’histoire révolutionnaire et éclairée de mon pays n’a fait qu’un tour. Choquée, indignée, triste de constater, que 223 ans après la Révolution, l’état d’esprit de mon beau pays soit encore bloqué autant dans le passé. Voir, au Moyen-Age.

Alors je  suis devenue militante*. Parce que je suis indignée de voir mon alter-égo, mon concitoyen, mon frère homosexuel foulé au pied comme s’il était un sous-homme. Je suis choquée de voir qu’elle différence de traitement et de jugement il peut être fait entre nous deux. Au nom de quoi ai-je de meilleurs droits que lui ?

A ce moment là de mon exposé, j’ai lu tellement de conneries sur le sujet, et lu tellement de texte intelligents que je préfère vous renvoyer à eux (les textes intelligents).

Julie Maroh (auteur de BD)
Virginie Despentes (écrivain)
Wandrille (auteur de BD aussi)

ega04

A la façon de Julie Maroh, de Wandrille et de V. Despentes, j’aimerai répondre à quelques arguments souvent entendus. Je ne reprendrais pas ceux qui ont été déjà argumentés, mais d’autres, pour apporter ma pierre à l’édifice :

• C’est un coup du lobbie gay, encore une revendication communautariste.
L’argument le plus contradictoire et de mauvaise fois qu’on m’ai sortit en face. Revendiquer l’égalité de citoyenneté c’est faire preuve de communautarisme ? Vouloir avoir les même droits que tout le monde c’est revendiquer de faire partie d’une communauté ? Je peux rire ? Au contraire, je ne suis pas homo, mais j’ai bien l’impression que les homos en ont justement marre d’être mis dans des cases depuis des siècles par le reste de l’humanité hétéro. Ils en ont marre ! Ils n’en peuvent plus d’être mis sur la touche, même si c’est «gentillement». «Ces homos, des gens si cultivés, si intelligents, et qui se plaisent à ne pas vivre comme tout le monde, qui préfèrent leur mode de vie marginal. Et maintenant ils voudraient le mariage ?» Mais oui ! Mais les homos sont comme les hétéros ! Pareils ! Ils veulent vivre comme tout le monde au seins de la société, reconnue par elle, comme tout un chacun. Et si quelques homos déclarent ne pas vouloir du mariage et de cet ordre bourgeois, il en est de même chez les hétéros ! Une infime part des hétéro refuse le mariage, l’engagement ou je ne sais quel principe, c’est pareil chez les homos. La majorité sont comme vous et moi, et veulent vivre leur couple normalement. C’est une preuve d’amour pour la république française et ses institutions que de vouloir en faire pleinement parti enfin ! Et je ne comprends pas comment des gens se réclamant de partis dits Républicains refuseraient à d’autres citoyen cette volonté de faire pleinement partit de la république !

• On est pas homophobe, mais au nom du droit de l’enfant…
Là, pareil, laissez-moi rire ! Le droit de l’enfant ? Sérieux ? Il est où le droit de l’enfant quand les parents divorcent au bout de quelques mois ? Ou de quelques années ? Quand on leur impose une famille recomposée sans lui demander son avis, à l’enfant. Quand des gamins arrivent par oubli de capote ou de pilule dans une famille pas matériellement prête à l’accueillir ? On invoque le droit de l’enfant quand ça nous arrange bien. Si c’est pas de l’hypocrisie !

Et c’est bien gentil d’évoquer le droit de l’enfant et de vouloir soi-disant le protéger de la précarité affective ou du désordre causé dans ses repères et sa construction par les villains nomosexuels dépravés, mais avant cela, il serait bien de se renseigner, de lire des études, de compulser des témoignages d’enfants devenus adultes. La moindre des choses, pour être crédible, serait de ne pas se faire son opinion sur des préjugés basés sur rien, mais de se renseigner un minimum.

• Moi je suis hétéro, je m’en fou, je suis pas concerné(e).
Parce qu’il faut forcément être concerné au premier plan pour défendre une cause ? Les hommes ne se sentent pas concernés par le droit des femmes ?  Il faut avoir été violée pour prendre la défense des victimes et se sentir concerné par ces drames ? Il faut être un animal pour se sentir concerné par la protection des animaux ? Il faut forcément être noir, arabe ou asiatique pour être révolté par les actes de racisme ? Il faut forcément être juif pour se battre contre l’antisémitisme ?

Le droit à l’égalité entre tous les citoyens n’est pas la cause d’une minorité, mais de tous les citoyens. Quand notre démocratie ne fonctionne pas correctement et que certains bafouent les droits d’autres citoyens et montent au créneau pour qu’ils ne les obtiennent jamais, c’est aux citoyens que nous sommes de montrer que la République est plus forte que cela, et que nous sommes tous unis devant le rejet et la haine.

• C’est peut être bien comme cause, mais je ne suis pas homo, je ne peux pas comprendre leurs revendications.
La plupart de l’argumentaire développé juste au dessus est aussi valable ici. En rajoutant un aspect : le vecteur d’identification. Fermez les yeux, et laissez travailler votre imagination. Vous êtes vous, avec l’éducation que vous avez eu, un parcours identique. Seulement voilà, à l’adolescence, vous vous rendez-compte que vous tombez amoureux des personnes de même sexe que vous. Est-ce que cela fait de vous une personne fondamentalement différente ? Au final, est-ce que cela change votre personnalité ? Les choses que vous aimez ? Que vous n’aimez pas ? Est-ce que ça change vos valeurs ?

Et du coup, est-ce que ça change votre désir de vouloir fonder une famille ? De vouloir protéger  votre couple comme tous les autres citoyens ?
Vous comprenez maintenant l’injustice qui découle de cette différence de traitement entre citoyen hétéro et citoyen homo ?
Si vous n’arrivez pas à faire ce petit effort d’imagination, je ne peux rien pour vous…

• C’est déjà dur de grandir dans une cité. T’imagine avec des parents homos, comment il va souffrir le gamin ?
Ah ah !  Alors sous prétexte que le monde est con, il ne faut rien faire pour le changer ? Laissons les choses en plan, ne cherchons pas à faire évoluer notre société. Vous avez raison. Avec des raisonnements pareils, je me demande comment on est sortit de l’âge de pierre…

• C’est vraiment pas important, il y a plus grave à gérer !
QUOI ? L’égalité entre citoyen n’est pas importante ? Je rêve ? J’ai bien entendu ? Sommes nous tombés si bas que défendre nos valeurs passe après la défense de notre beefsteak ? Parce que c’est la crise, et que le monde risque de couler sous les  dettes et la peur de l’islamisme ?(vrai ou faux, le débat je ne le fais pas ici. Je rapporte le sentiment de peur qui semble gagner un peu tout le monde.)

Et faut il vraiment régler les problèmes les uns après les autres ? On met tout de coté et on s’occupe QUE du chômage. Puis par ordre de priorité, on s’occupe QUE de la productivité. Etc. Une info gratuite, comme ça : un gouvernement est composé de ministres, chacun délégués à un type de problématique. Ces ministres gèrent aussi plusieurs dossiers en même temps. Pas tous seuls, ils sont aidés, ils ont des conseillers, des chefs de cabinet, des ministres délégués… Incroyable hein ?

ega06

• Tout ça c’est de l’esbroufe pour masquer les autres problèmes du gouvernement.
Ah peut être que a les arrange, oui. C’est minable de laisser monter ces sentiments haineux pour faire silence sur le reste. Mais qui a commencé à monter le truc en épingle ? Les antis. Les pros attendaient bien sagement que la loi passe. Si tout le monde avait laissé la loi faire son chemin, comme toutes les autres lois, on parlerai d’autre chose.

 De la Nature.
Un petit mot, même si Julie Maroh en a déjà bien parlé. La différence Nature/culture.

Mais ça fait des millénaires que l’homme s’est affranchit de la nature. Depuis qu’il a commencé à fabriquer consciemment des outils pour avoir une emprise sur son environnement, l’homme est sortit de la nature. Depuis qu’il a prit conscience qu’il est différent du règle animal et commencé à croire en des forces supérieures pour trouver un sens à son existence, l’homme s’est affranchit de la nature. Depuis qu’il n’a plus de prédateur naturel, l’homme est sortit de la nature. Il a créé des systèmes de croyance, de langage, de société, et est entré dans un monde de culture. Tout ce qui nous entoure est contre nature : depuis nos vêtements, nos habitations, nos voitures et nos smartphone, jusqu’à nos états, nos institutions, et ah oui, le mariage.

Partant de cette constatation – l’homme est un être de culture – on se rend compte que les besoins primaires de survie ont évolué vers des désirs plus développés, principalement guidés par la capacité humaine unique d’être capable de sentiment. Le besoin sexuel de reproduction pour perpétuer la race s’est petit à petit développé pour s’entourer de sentiments, de besoins, de désirs. Le sexe s’est distancié de la reproduction et la procréation n’est plus le résultat subit de l’acte sexuel, mais devient un projet réfléchit et désiré. (Enfin, la plupart du temps.) Contrairement aux époques où la contraception n’existait pas et ou les marmots arrivaient les uns à la suite des autres, quand ils survivaient, n’est-ce pas une bonne évolution de l’état de la famille ? Mais avant d’invoquer les traditions ou de brandir le spectre de contre-nature, ayez l’honnêteté d’observer que ce changement est non seulement récent (un siècle, au minimum) mais aussi complètement contre-nature.

Je sais bien que ce texte ne sera sans doute pas très lu, que ceux qui le liront seront sûrement les plus convaincus. J’espère seulement que quelques personnes qui ne le sont pas ou qui s’en foutent un peu auront lu jusqu’au bout quand même. J’espère qu’à défaut d’avoir convaincu ceux qui sont contre, j’aurai motivé ceux qui s’en foutent à s’en foutre un peu moins, à ne pas fermer les yeux sur un sujet aussi important que l’égalité si fragile dans notre République. Et que, quand leurs enfants leur demanderont ce qu’ils ont fait pour le bien commun, ils seront fier de dire qu’ils ont participé à l’évolution des consciences.

Il y a eu la génération de la révolution Française, celle des résistants, celle des défenseurs des droits des femmes, celle la révolution de 68, et bientôt, j’espère, celle de la défense des droits des homos a être enfin considérés comme des citoyens à par entière.


Amis cyniques et désabusés (je sais qu’il y en a au fond de la salle) qui pensez que de toute façon le monde est pourrit et qu’il ne sert à rien de se battre contre cet état de fait, je suis désolée, je ne peux rien faire pour vous. Je n’aimerai pas être à votre place…

ega05

Depuis que j’ai écris ce texte, quelques semaines sont passées, et surtout, la commission des lois et les auditions du rapporteur ont eu lieu à l’assemblée nationale. J’en ai beaucoup écouté, et j’ai regretté l’absence manifeste de députés pour écouter ces commissions. Ceux-là même qui reprochent le manque de débat à la majorité. IL ETAIT LA, LE DEBAT ! IMBECILES ! (cliquez en haut sur la rubrique commissions.) Bref beaucoup d’approches différentes, bien au dessus du débat de la rue. Beaucoup  d’avis en faveur du texte, quelques un moins. Bref, c’est sur le site de l’assemblée nationale, ça s’appelle auditions du rapporteur et c’est très instructif. Des philosophes, anthropologues, psychanalystes et psychiatres, associations familiales ou de défense des droits LGBT, représentants du culte, témoignages d’enfants de familles homoparentales, ou de couples dans des situations juridiques dramatique du fait du manque de droit pour eux.

Bref, lors de l’examen du texte par les députés (je n’ai suivit que l’examen de l’amendement de suppression, 8h de débats…) et de nouveaux arguments ont été soulevés. Je vous mets ici l’article de Rue89 qui les résume, et mon intervention est enfin complète.

___________
*Militante à mon petit niveau. J’ai participé à une manif, et je saoule tout mon entourage avec le sujet. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s