Le mal par le mal

C’est ce 2 mai que le groupe Indochine a décidé de dévoiler son nouveau clip, « College boy » réalisé par Xavier Dolan, jeune réalisateur québécois (que, pour ma part, je ne connaissais pas avant). A peine sortit, ce clip fait déjà polémique, et à la mi-journée, plusieurs médias ont déjà relayé l’information, les représentants du CSA se sont exprimés, les directeurs de chaînes musicales aussi… bref. Un beau barouf.

L'image teasée par Xavier Dlan lui même il y a quelques semaines, donnait déjà une sensation d’oppression, comme une plongée en apnée perpétuelle.

L’image teasée par Xavier Dolan lui même il y a quelques semaines, donnait déjà une sensation d’oppression, comme une plongée en apnée perpétuelle.

Qu’est-ce qui cause tout cet emballement ? La violence extrême employée dans le clip pour dénoncer… la violence extrême dont peuvent être victimes certains élèves en milieu scolaire.  Avec une très jolie photo léchée en noir et blanc, Xavier Dolan nous montre l’escalade du harcèlement dont est victime un adolescent, allant jusqu’à se faire torturer, crucifier et exécuter, à la fin du clip. Certains crient au scandale de cette mode de la violence esthétisées, d’autres approuvent la démarche, semblable à plusieurs clips de préventions ou de sensibilisations d’organismes de bienfaisance. France TV Info se pose la question : qu’est-ce que cherche Indochine ? De son coté, Françoise Laborde, membre du CSA, exprime son malaise face à cette production sur Europe 1. 

Eh bien, en temps que créatrice, j’ai été choquée de ces propos. En temps que citoyenne révoltée de l’injustice envers les plus faibles aussi. Et je m’indigne des arguments si primaires prononcés par un membre du CSA, qui normalement, devrait prendre un peu plus de hauteur devant un tel objet audiovisuel. Réponse ouverte.

Françoise Laborde : « On montre des images dont la violence est inestimable et il y en a assez de cette mode de la violence »

Mais justement ! Et c’est bien ce que dénonce ce clip ! Il y en a assez de la violence ! Comment pouvez-vous y voir un appel ? C’est un cri, c’est une dénonciation. Comment être passé à coté de ça ?
Comme l’ont soulevé d’autres internautes, ces méthodes choc sont celles utilisée par la sécurité routière, Handicap international, Reporters sans frontières, la lutte contre le tabagisme… et tellement d’autres œuvres humanitaires qui choisissent la voie de l’image de la violence pour dénoncer le silence et l’indifférence des masses. Ils veulent nous enlever les bandeaux que nous avons devant les yeux, justement. Combien faudra-t-il encore d’enfants en souffrance pour oser en parler ? Apposer une mention sur le clip est plus que logique, mais le supprimer à la diffusion serait tout autant une négation de la souffrance des enfants victimes de harcèlement scolaire. Vous gardez aussi votre bandeau devant les yeux.

Comment pouvez-vous laisser passer des clips comme ceux des rappeurs rabaissant les femmes au niveau de potiches-objets-sexuels dans leurs clips quand vous censurez une affiche de Saez qui dénonce cet état de fait ? Mais sur quels critères vous basez vous donc ? C’est vous qui me choquez, Messieurs-dames du CSA.

A 20h50, TF1 diffuse sans problème Iron Man où c’est cool et fun de canarder et brûler vif de « vilains zarabes terroristes » mais vous voulez interdire un clip d’un auteur qui dénonce un sujet sensible ?
Contemporaine de Victor Hugo, vous auriez été de ceux le censurant pour avoir dénoncé la cruauté de la peine de mort dans les derniers jours d’un condamnés, lui reprochant d’esthétiser la vie d’un hors la loi au lieu d’y voir la dénonciation d’un acte inhumain ? Votre réaction est aussi absurde ici. Avant de censurer les créations d’un artiste, assurez vous de le faire pour de bonnes raisons.

Françoise Laborde : « La mort, ce n’est pas esthétique. La violence ce n’est pas esthétique. La torture ce n’est pas esthétique »

Argh. J’ai mal à ma culture d’entendre ça.
Relisez Baudelaire, relisez Verlaine, relisez Prévert… (et j’en passe, sinon j’en ai pour deux jours).
Mais derrière cette esthétisation, il y a un fond, il y a un propos. Ce n’est pas gratuit.


Françoise Laborde : « ces images là n’ont pas leur place dans des chaînes qui sont consacrées à la musique, c’est une chanson, ce n’est pas une oeuvre d’art et d’essai donc ça n’a pas sa place en journée sur des chaînes de musique »

D’accord Françoise, vous venez de montrer l’ampleur de votre bêtise. Avec un résonnement pareil…
Alors si je vous suis bien, au peuple, sur les chaînes de musique, offrons leur du divertissement, offrons leur des paillettes et des étoiles, des chimères et du rêve, mais surtout pas matière à réfléchir. « Une chanson n’est pas une oeuvre d’art ». Il y en a plein qui vont s’étrangler en lisant ça. Pauvres artistes. Et c’est tellement insultant pour tous ces créateurs qui eux, ne voient pas dans leur travail qu’un média de divertissement des masses. M’étonne pas que le monde s’enfonce dans la bêtise quand ont voit l’effort déployés par vous, têtes pensantes, pour surtout, surtout bien tenir les masses hors d’atteinte des griffes de la culture. Gavons les de divertissement, ils penserons moins. Panem et circenses. Si ça ne vous dis rien Françoise, je vous laisse chercher, pour votre culture générale.

Le visuel du single, révélé quelques semaines plus tôt, une image déjà belle et choc

Le visuel du single, révélé quelques semaines plus tôt, une image déjà belle et choc

Hormis ce petit coup de gueule devant tant de bêtises proférées en trois mots dans un article, je vais quand même donner un avis rapide sur la symbolique du clip, que je trouve très forte.

Sur la croix : je n’y vois pas une dénonciation religieuse, mais l’application visuelle de l’expression « se faire crucifier » utilisée dès que quelqu’un est la cible d’un groupe. « Il s’est fait crucifié dans les médias » etc.

Quand à la violence physique employée, et sa gradation allant à la crucifixion bien trop extrême par rapport à ce qu’il peux arriver en réalité : je n’y vois que la mise en image des souffrances morales subies. C’est très difficile en quelques secondes, de faire comprendre la douleur d’une dépression vécue par une victime. La dépression n’est pas un mal visible. Pouvant amener au suicide, pour certains enfants, ou même à des blessures morales à vie. Ces violences physiques sont pour moi une métaphore, permettant de mettre en image la violence de cette violence morale. Sans ces images, peut être qu’on ne se serait dit que « pauv’ gosse, c’est pas sympa pour lui ». Ah non c’est pas sympa, quand on le vit, c’est même carrément cruel, injuste, révoltant. Je pense que ces images justement cruelles, injustes et révoltantes sont parfaitement adaptée pour transmettre ces émotions.

Le coup des foulards sur les yeux est très fort, très juste, très parlant. Ceux qui filment avec leur portable. Ceux qui pleurent sans intervenir. Tellement réaliste.

Quand au flic qui électrocute le jeune garçon, j’y vois la métaphore des services de polices souvent si injustes avec les victimes, qui leur font autant de mal que les harceleurs. Pour avoir vu plusieurs émission de ce genre, dont une récente sur le harcèlement sexuel envers les femmes (France 2, aux alentours du 8 mars, dans Infrarouge) : les victimes sont obligées de ce justifier devant la police de leur état de victimes, elles ne sont pas crues, elles ne sont pas accompagnées psychologiquement, on les regarde avec suspicion. On les forces à raconter encore et encore leur traumatisme pour être sur qu’il n’y a pas mensonge, tromperie. Elles subissent souvent cette épreuve comme une agression aussi grave que la première. La sensation d’être en faute, de devoir justifier sa souffrance… c’est tout simplement horrible d’entendre ça de nos jours.

Un clip nécessaire. J’espère que les médias feront le tri.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

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