Elementary

La preuve en live qu’une bonne série n’est pas qu’un bon concept. 

En 2010, la BBC nous présentait avec audace sa vision du mythique Sherlock Holmes. Le concept avait de quoi faire grincer des dents chez les aficionados du personnage, puis qu’il était transposé à notre époque, avec toutes les subtilités qu’il incombait à celle-ci. Exit la cape de tweed et le chapeau à oreilles, au revoir la pipe et la loupe, bonjour patchs de nicotines et outils high-tech.  Mais le talent d’écriture de Moffat et Gatiss, le talent de comédiens de Cumberbatch et Freeman, le talent de réalisation de Paul McGuigan et les musiques du talentueux David Arnold en on fait un petit bijou de fiction. Une franche réussite, très vite reconnue comme telle un peu partout.

elem

  • Très vite conscients du potentiel du concept, les américains de CBS ne tardèrent pas à vouloir y aller de leur remake. Ok, pourquoi pas. 
  • Alors très vite on zappe le sociopathe au physique d’alien charismatique pour le remplacer par un beau gosse lisse au regard (un peu) allumé. Mmmh.
  • On vire Monsieur Watson pour le remplacer par une femme. Ben oui, non parce que les anglais là, ça suinte d’ambiguïtés et de sous entendus, et bon le public américain, il n’est pas prêt. Il lui faut absolument un antagoniste femme pour pouvoir y projeter une tension sexuelle. Ah ouais, quand même…
  • Et à la place d’un Martin Freeman ultra expressif, on a une nana qui louche. On avait dit pas le physique ! 
  • On va tout transposer aux USA, mais Sherlock reste un personnage d’origine britannique. Donc c’est ce qui explique forcément le port d’un t-shirt à trèfle ?
  • Le coté sociopathe asexuel c’est pas vendeur. Non seulement il est beau gosse, bien musclé et tatoué (ouuuh rebelle) mais on va lui donner une simple addiction (alcool ou drogues) qui pratique quand même le sexe (sinon ne personne s’y retrouve). Argh au secours ! Pitié ! 
  • Au lieux de faire une saison courte et dense (3 épisodes d’1h30) on fait un plan en 24 épisodes/saisons. Argh vous avez pas peur de friser l’overdose ?

Elementary a donc débarqué cette semaine sur M6, et bon… on a essayé de lui donner sa chance. Mais je ne sais pas si c’est parce qu’on avait vu le tout nouvel épisode de la saison 3 de Sherlock ENFIN débarqué juste la veille, mais la comparaison était bien trop flagrante. Dès la bande annonce de lancement on a craint le pire, et les premières minutes de l’épisode ont confirmé nos craintes. Un truc plat, lisse, déjà vu au possible, complètement niais, aux dialogues faciles. Un Sherlock faussement rebelle et foufou, qui renifle les tapis et déduis des trucs stupides : oh, on a changé les cadres. Oui moi aussi, vu les traces au mur, j’aurais pu le deviner.
Une Joan Watson qu’on se demande ce qu’elle fiche là, à part pour être marraine de cure de l’autre bellâtre.
Bref, Holmes devient un personnage faussement ténébreux comme il en existe dans presque toutes les fictions, là où la BBC avait réussit à créer un être intrigant, à la fois mystérieux et complètement logique, tête à claque et pourtant attachant. La fausse ambiguïté qui existe entre les deux comparses illustre parfaitement le déplacement de valeurs entre notre époque et celle de Conan Doyle. Si tout est clair entre Sherlock et John, pour eux, comme pour nous, ce n’est pas le cas de leur entourage. ET C’EST DRÔLE ! Remplacer John par une femme, c’est tuer dans l’oeuf un des ressort comique du duo pour en faire un simple duo homme/femme classique.
Enfin, j’ai soupiré au moment où Sherlock avoue détester le sexe mais le pratiquer quand même, parce que son corps le réclame (!). Et le sexe chez ce type, induit forcément une paire de menottes et une échelle. Oui oui oui. Après 5 minutes d’épisodes.

Et en plus, il faudra que les scénaristes tiennent la cadences de 24 enquêtes brillantes à écrire.
Comme je n’ai déjà pas vu la première jusqu’à sa résolution, je ne peux pas me prononcer. Mais je leur souhaite bon courage !

Bref, je sais que je ne suis pas objective, que je suis fan de la première version, et que celle-ci aurait du mal à passer. Les américains ont réussi à briser tout ce qui faisait le succès du modèle. Ce qui prouve encre une fois, qu’en matière de remake, ils ne comprennent jamais rien à ce qui fait la force d’une série/d’un film, alors qu’ils peuvent être brillants sur leurs propres créations (le cas Breaking Bad, pour ne citer que lui). Ils ont réussi à faire pire que ce à quoi je m’attendais. Bravo ! 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s